Vendredi 14 décembre 2007
[Le Bistro des Entrepreneurs]

 

Il y a une civilisation du vin, celle où les hommes

 cherchent à mieux se connaître pour moins se combattre

(Gabriel Delaunay) 

            La mélodie est douce, les lumières tamisées et le son des voix est teinté d’une chaleur timide. La bienveillante camaraderie de Pierre et de Daniel vous gratifie d’un sourire en guise d’accueil : on se sent le bienvenu. Aux fourneaux, Sarah s’affaire aux derniers préparatifs dans un tintement familier d’ustensiles de cuisine : on se sent à la maison. Serguei virevolte d’un invité à l’autre, avec la prévenance d’un papillon qui prendrait le soin de ne laisser aucune fleur à l’écart : on se sent en sécurité.

            A peine entré, le constat est sans appel : le Bistro des Entrepreneurs s’est doté d’une atmosphère idéale. Pourtant, quelques pas de plus sont nécessaires pour se convaincre que la soirée se déroulera sous de bons augures. Eparpillées sur une table, si présentes et discrètes à la fois, des bouteilles de vin se dressent avec simplicité, comme les plus belles femmes d’une réception se passent d’artifice. Philippe Aubert de Gaspé aurait été enchanté d’un tel spectacle : le vin, disait-il, est le plus infaillible des présages car il annonce la joie, la franche gaieté, le bonheur enfin.


            Cadre exemplaire et ambiance feutrée : les organisateurs du Bistro des Entrepreneurs atteignent avec succès le positionnement visé, alliant convivialité et intimité – ainsi que le prétendait l’invitation. Mais la scène est pauvre, vidée de ses acteurs. C’est avec une aisance déroutante que Margot s’adonne alors au jeu de la mise en scène : les questions et les réponses se suivent avec spontanéité, cohérence et légèreté, conférant à chacun la troublante impression d’entamer une conversation avec des amis de longue date.

            Des financements aux qualités individuelles, des sacrifices à la notion d’accomplissement personnel : l’atmosphère semble ne rendre aucun sujet interdit. Les conseils aguerris des intervenants nous font découvrir l’entrepreneuriat d’un œil nouveau. Le sacro-saint business plan révèle son véritable visage, tandis que sur les subventions tombe le voile de la désillusion.

Si le vin rend l’œil plus clair et l’oreille plus fine, nos sens sont aux aguets pour boire leurs paroles jusqu’à la lie ; et si leur expérience nous révèle de temps à autre le parfum âcre qu’implique la volonté d’entreprendre, les lumières qui scintillent dans leurs regards chaque fois qu’ils évoquent leur aventure ont un goût de miel qui efface le doute et l’amertume. Car à les entendre parler, c’est bien d’aventure qu’il s’agit. Embarqué un peu par hasard, quelques jours avant Noël, à bord d’un navire dont il ignore la destination ; mu par une volonté d’entreprendre pour la seule finalité d’entreprendre, comme un explorateur bivouaquant d’île en île ; animé par le rêve d’un enfant qui se lit dans ses yeux : tous ont leur histoire et leurs raisons d’y croire. Certaines caractéristiques les rassemblent tous : la passion des évènements, le goût du risque, l’accoutumance à l’entrepreneuriat et l’affection pour une histoire dont ils écrivent les lignes.


            Professionnellement, l’entrevue est édifiante : face à ceux que nous avons choisi de devenir, reflets de nos espoirs les plus fous, nous avons la sensation d’être nez à nez avec des individus qui nous ressemblent. C’est la raison pour laquelle c’est sans appréhension que nous abordons des thèmes inédits, posons nos questions, confions nos peurs.

            Humainement, la rencontre est inattendue, tant elle finit par laisser les Entrepreneurs de côté pour ne conserver que le Bistro : avec intimité et simplicité, certains s’évertuent à chercher en vain le pourquoi du comment – « il faut être malade pour faire ce métier-là » – ; d’autres se surprennent à avouer ce qui leur donne la force de se lever chaque matin ou à dessiner dans un murmure les contours de la personne qu’ils ont réellement le souhait de devenir.


            Esclaves du « dernier métro », on quitte la soirée avec regrets. On exprime sa gratitude envers les hôtes en les remerciant pour leur bienveillante délicatesse et en les félicitant pour la qualité de leur accueil. C’est à eux-mêmes qu’ils doivent cette dernière puisque, ainsi que l’écrivait Lucien Tendret, avec de l’argent, chacun peut offrir des mets succulents et des vins renommés, mais la courtoisie, l’amabilité ne s’achètent pas.

            Entrepreneurs de nos vies, tous nous endormirons tard dans la nuit, imprégnés, chacun à sa manière, de ce que nous aurons appris ce soir. Certaines paroles, certains regards auront touché la sensibilité et les espoirs qui sommeillent en nous.

            Dans la brume des effluves et des souvenirs récents, une chose est certaine : le Bistro des Entrepreneurs a ouvert des portes qu’il n’est pas prêt de refermer et fait naître des espérances dont il est désormais responsable. Les premières fois sont toujours inoubliables : les organisateurs du Bistro ont à présent la mission de rendre chacune des soirées à venir aussi intenses que cette première, en nous introduisant à des entrepreneurs aimables et respectables, en réunissant des personnes avenantes et sérieuses, et en proposant des vins de qualité. A n’en point douter, ce dernier devoir ne sera pas déçu, étant donné l’adage de Jean Lebon qui pourrait figurer en épitaphe à ce premier Bistro : « Où l’hôtesse est belle, le vin est bon ».

par Pierrequiroule
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Samedi 1 décembre 2007

Le 1er août 2007, l’Assemblée Nationale a adopté le projet de loi portant sur, je cite, les « libertés et responsabilité des universités ». Liberté. Responsabilité. Université. Laissez-moi insister sur chacun de ces trois termes.

 

Université, tout d’abord. On ne parle pas d’école, d’institut, d’académie ou de faculté : on parle d’université. Or, d’université à universalité, il n’y a que deux lettres. Et pour cause : ces deux termes ont la même origine latine, universitas. Universitas, c’est la totalité, l’ensemble, le tout. Vous l’aurez compris, l’université, c’est l’établissement qui s’adresse à l’ensemble, qui s’ouvre à tous car, comme son nom l’indique, l’université a vocation à être universelle. L’université, c’est aussi celle qui aborde tous les thèmes, qui couvre toutes les matières sujettes à l’étude.

Responsabilité, ensuite. Etymologiquement, le terme responsabilité vient du latin res/pondere, qui signifie « répondre de ses actions ou de celles des autres, se porter garant d’un engagement, tenir une promesse ». Ma question est alors la suivante : quels sont les engagements dont l’université doit se porter garante ? Quelles promesses a-t-elle à tenir ?

Liberté, enfin. Liber, en latin, signifie sans chaînes, sans entraves. La liberté, c’est l’absence de contraintes, mais de contraintes extérieures. La liberté des universités passe donc par l’abolition des contraintes venues d’ailleurs et qui s’exercent à son égard.

Oh ! Oui, je veux des universités, et je veux qu’elles soient libres, et responsables aussi. Mais permettez-moi d’émettre quelques doutes lorsqu’on m’annonce que cet idéal passe par la loi Pécresse.

 

En véhiculant un désir de autonomie des universités, la loi Pécresse échafaude un système de financement des universités par des organismes privés. Les avantages d’un tel système paraissent forts et nombreux : des partenariats étroits entre les sphères universitaires et la réalité du monde de l’entreprise, une réduction potentielle des dépenses de l’Etat sur le long terme, une occasion unique dans l’histoire pour de nombreuses facultés en mal de subventions et, surtout, un accroissement des avantages compétitifs français sur la scène internationale.

Mais il n’y a pas de médaille sans revers et c’est en grattant la dorure de cette loi que l’on en découvre les ressorts morbides. Allons au-delà des apparences et découvrons les véritables enjeux d’un tel texte. Car s’il renferme entre ses lignes la stratégie qui permettra aux universités de tenir tête à leurs consoeurs d’outre-manche et outre-atlantique, la lutte ne se fera pas sans perte. Tout plan de bataille implique un sacrifice ; alors gageons de voir ceux qui tomberont au combat.

 

Les entreprises, désormais aptes à soutenir financièrement les universités françaises, envisagent les dépenses occasionnées comme un investissement. Ne soyons pas crédules : aucune d’entre elles ne placera ses liquidités dans une faculté qui ne pourra la servir en retour. Soyons réalistes : vous, moi, nous, chefs d’entreprise en puissance, ne subventionneront les établissements scolaires qu’à la condition d’en tirer un quelconque profit personnel. L’appréhension de la réalité du monde de l’entreprise passe aussi par là.

Or, quelles sont les universités qui ont le plus de chance d’être subventionnées ? Le pôle lettres et sciences humaines de l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand ou l’établissement public d’enseignement et de recherche nommé « Polytechnique » ? Le placement des entreprises ne se fera pas dans les études théâtrales ou la philosophie. La rentabilité se cherche et se trouve chez les universités dispensant des formations en droit, en gestion, en chimie, en économie appliquée… Parce qu’elles sont les seules susceptibles d’un retour sur investissement, ce sont les sciences dures que soutiendront les lobbys et les entreprises.

Oh ! Non, les formations en histoire de l’art et en musicologie ne travaillent sans doute pas à la rentabilité. Est-ce à dire qu’elles n’ont pas leur place dans un monde où le profit est une valeur ? Et moi qui croyais que l’université avait vocation à être universelle…

 

Le projet de loi adopté au cours de l’été évoque la « responsabilité » des universités. Changez quelques lettres, et responsabilité se mue en rentabilité. Car c’est bien cela que le texte vise : assez des dépenses inutiles ou superflues, assez des investissements gaspillés ! Désormais, l’argent placé doit porter ses fruits, comme les talents dans la parabole de la Bible.

Première dépense de l’Etat dans le cadre du budget 2007, l’enseignement et la recherche doivent répondre de cet investissement, cela va de soi. Mais cette réponse, cette responsabilité, ne peut pas être la rentabilité. Je veux croire en une université qui forme les hommes pour en faire des citoyens, qui stimule les individus pour les changer en intellectuels. Nostalgique de l’Antiquité et du siècle des Lumières, je demeure convaincu que la promesse que l’université a le devoir de tenir, ce n’est ni la compétitivité, ni la rentabilité, mais l’intellectualité : ce qui fait de nous des hommes, ce n’est ni l’argent que nous amassons, ni l’envie que nous suscitons, mais des éléments bien moins tangibles : la connaissance, la création, la réflexion, l’invention. L’université ne doit pas se porter garante de la profitabilité et du rendement. Elle est au contraire cette voie unique qui nous fait quitter la tangibilité du profit pour nous élever aux portes du savoir, elle est ce garde-fou qui nous retient d’être des bêtes.

Les universités ont un coût colossal mais une valeur inestimable. Répondre de ces dépenses, c’est faire la promesse d’une formation à vocation universelle échappant aux cotations et aux impératifs de rendement. Telle est la véritable responsabilité des universités.

 

La loi Pécresse est souvent décrite comme portant sur « l’autonomie des universités ». Par autonomie, il faut entendre liberté vis-à-vis de l’Etat : fonctionnant en cercle fermé, les facultés sont désormais dotées d’une capacité à trouver leurs propres subventions.

Mais cette autonomie ne rend pas libres les universités. Sujettes de l’Etat, elles le sont désormais à l’égard du secteur privé. La dépendance existe toujours, elle a seulement changé d’expéditeur et de volume. Evidemment, ce peut être une opportunité phénoménale pour les universités qui, se calquant sur un modèle entrepreneurial, vont présenter aux investisseurs les intérêts d’un tel placement. Pourtant, cette dépendance est dangereuse : à terme, les subventions ne sont plus garanties et là où les universités pouvaient se consacrer librement à leur mission d’éducation se dresse un nouveau devoir vital : la recherche de financements.

La liberté des universités n’en est pas une. Si les plus fortes et les plus prestigieuses joueront de leurs atours pour faire grimper les enchères subventionnelles, telles des courtisanes n’ayant que l’embarras du choix entre le luxe et l’opulence, les universités les moins cotées – car c’est bien de cotation qu’il s’agit – seront vouées à quémander les miettes, à troquer leur valeur pour quelque parure en toc et tape-à-l’œil, comme des putains de bas étage prêtes à tout pour avoir droit à la survie.

Par ailleurs, les membres du conseil d’administration d’une université peuvent désormais être des personnes extérieures à l’établissement. Imaginez-vous seulement : le président d’une université peut n’avoir jamais été ni chercheur, ni professeur. Bien sûr, quelques illustres personnes pourraient prétendre avec raison à ce genre de titre : après tout, Gaston Bachelard est devenu professeur émérite à la Sorbonne sans n’avoir jamais reçu de formation en recherche ou en enseignement. Mais tout le monde n’est pas Bachelard (…) et il y a fort à parier que de nombreuses universités vendront littéralement un poste de présidence à des individus qui n’y ont pas leur place. Un peu d’argent contre un peu de soumission : est-ce cela, une université libre ?

 

L’économiste et professeur à Berkeley John Harsanyi disait que la personne raisonnable peut s’abstraire de ses intérêts, agir dans un univers incertain et se doter d’un sens moral, par opposition à l’individu rationnel, calculateur qui, même s’il a conscience d’autrui, ne l’intègre que dans sa fonction d’utilité. De raisonnable à rationnel, il n’y a qu’un pas. Mais c’est un gouffre qu’enjambe ce pas.

A une époque critique où les universités courent le risque de formater plutôt que de former et où les opinions étudiantes semblent avoir vocation à fléchir plutôt qu’à faire réfléchir, il est décisif d’en appeler à la conscience de chacun. Ne soyons pas rationnels, soyons raisonnables.

Nos René Descartes, Michel Foucault et Immanuel Kant sont les géants d’hier. Mais ils s’effacent peu à peu : ils ne sont plus ceux qui nous font rêver, ceux à qui nous vouons notre admiration. Aujourd’hui, nos héros s’appellent Bille Gates et Steve Jobs. Quel monde voulez-vous pour demain ?

 

La réforme des universités est une opportunité économique mais elle a un prix. Ce prix, c’est le renoncement à leur vocation universelle, le galvaudage de leur responsabilité et l’aliénation de leur liberté.

Reformons les universités, pour maximiser notre utilité et instaurer notre assise sur le devant de la scène internationale.

Reformons les universités, pour quelques demi points de croissance et les paillettes d’une gloire sans mérite.

par Pierrequiroule
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Vendredi 19 octobre 2007
"- Existe-t-il un sujet que l'on ne peut pas aborder avec vous?
- Oui. Les grèves. Je suis pour et je vous emmerde"DSC00086.JPG
par Pierrequiroule
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Mardi 16 octobre 2007
Premier cours aujourd'hui. Premier cours auquel j'assiste, pour être plus correct.

Pour la première fois de toute ma scolarité, les enseignants font appel à nous. Fini le temps scolaire où l'on reocpie les paroles du professeur. On nous l'avait promis, on l'avait fait miroiter devant nos yeux tant d'années à la suite, elle est arrivée : l'autonomie.

L'autonomie n'a pas bon goût. C'est un peu comme aller à une soirée sans carton d'invitation ou au dîner d'un mariage sans y trouver son nom.

Dans une petite promotion où chacun cherche chaque fois à parler un peu plus fort, comment lutter? Doit-on lutter?

Un écrivain - je ne sais plus lequel, peut-être S. McCauley - disait que, dans la vie, personne n'est jamais tout à fait à sa place. Et que c'est mieux ainsi.

Peut-être a-t-il raison. Mais parfois, j'aimerais bien savoir où est ma place dans la vie.
par Pierrequiroule
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Lundi 15 octobre 2007

J'ai un frigo.
Alors je me suis lancé dans une expédition chez Ed aujourd'hui.

Un groupe de lycéens y faisait des courses pour l'anniversaire de l'un de leurs enseignants. Leurs tenues si chics ont jeté de l'ombre sur mon panier. Je me suis senti comme une autruche dans le boudoir de Mademoiselle B.

Alors j'ai posé mon panier vert et fait semblant de m'intéresser aux produits de marque nationale. Pour leur faire croire que parce que j'habite dans le sixième je ne mange pas de la purée Dia.

Qui ai-je voulu leurrer? J'ai senti le regard réprobateur des rayons.

A présent, les cookies ont le goût de poussière de la trahison.
Je ne pensais pas que des premières courses pourraient être une telle épreuve.

par Pierrequiroule
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